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  1. Introduction
  2. Passer de la vision à l'action
  3. La vision : créer des expériences d'apprentissage authentiques et significatives
  4. Les obstacles : créer des expériences d'apprentissage authentiques et significatives
  5. La vision : un système plus adapté et personnalisé
  6. Les obstacles : un système plus adapté et personnalisé
  7. Voir sous les obstacles – adopter de nouvelles mentalités
  8. Le chemin à parcourir – le voyage devant nous
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Qu’est-ce qui fait obstacle au changement en éducation?

Réflexions tirées de l’atelier de l’Association canadienne d’éducation à Calgary

Qu’est-ce qui fait obstacle au changement en éducation?
Réflexions tirées de l’atelier de l’Association canadienne d’éducation à Calgary
Introduction

Le 21 octobre 2013, plus de 300 personnes de partout au Canada ont accepté l’invitation de l’Association canadienne d’éducation pour se rassembler et réfléchir à la question suivante : Qu’est-ce qui fait obstacle au changement en éducation? Cet événement de deux jours était unique à différents niveaux. D’abord, il a réuni des participants de tous les secteurs du milieu de l’éducation : enseignants, élèves, administrateurs, parents, leaders autochtones, représentants d’associations d’enseignants et de ministères de l’Éducation, dirigeants d’organismes à but non lucratif, responsables des politiques, doyens de facultés d’éducation et chercheurs universitaires. Au-delà de cette vaste représentation des milieux à Calgary, toutefois, il convient de souligner que l’événement avait été précisément conçu pour interpeller de façon directe les différentes voix qui n’ont pas souvent la chance de se retrouver dans la même salle, et encore moins à la même table, pour discuter. En fait, une bonne partie de l’expertise qui a guidé l’événement provenait clairement de ce sens de la diversité à la fois des rôles et des points de vue.

L’atelier de deux jours a été organisé autour de trois principaux points de réflexion et de dialogue. En premier lieu et afin de définir un contexte, les participants ont eu la chance d’écrire leur vision personnelle de l’école qu’ils aimeraient voir. En commençant par les mots « Dans l’école de mes rêves… », les participants à la conférence se sont servis de leur énoncé de vision à la fois pour se présenter aux autres personnes assises à la table et amorcer les discussions à venir. 

Par la suite, on a demandé aux participants de nommer les choses qui faisaient obstacle à leur vision. Les groupes aux tables ont inscrit chacun des obstacles sur des Post-It® différents et ils ont dû ensuite travailler ensemble pour regrouper ces obstacles en catégories générales. Finalement, lorsqu’ils étaient satisfaits de leur travail, ils devaient nommer chacune de ces catégories.

Le deuxième jour, les participants ont passé du temps à examiner les idées préconçues sur l’enseignement, l’apprentissage et l’école, à la fois conscientes et inconscientes, qui maintiennent en place ces obstacles. Dans leurs derniers échanges, les participants se sont penchés de nouveau sur l’image que pourraient avoir nos systèmes scolaires si certaines de ces vieilles idées préconçues étaient remplacées par des conceptions plus actuelles qui nous permettraient de progresser vers les changements que nous voulons voir et expérimenter. 

Par conséquent, le but de l’atelier était de créer une série de discussions qui devraient commencer par les visions positives des participants sur l’école, passer par les difficultés à déterminer précisément ce qui les empêche de réaliser ces visions et, plus important encore, comprendre les idées préconçues qui maintiennent les obstacles en place. 

En somme, l’objectif était d’insuffler un sentiment d’espoir voulant que le changement soit, en fait, une réelle possibilité, que le système n’est pas coulé dans le béton, qu’il avait été construit à dessein et que, en révélant les idées préconçues profondément enracinées sur l’apprentissage, l’enseignement et l’école, nous pourrions mieux comprendre comment changer le système pour qu’il reflète mieux la vision que nous avons pour nos élèves.

Nous comprenons, toutefois, que le changement exprimé dans les visions des centaines de participants rassemblés à Calgary exigera bien plus que des Post-It®, des réflexions sur de grandes feuilles et des énoncés de vision, peu importe s’ils sont justes et s’ils nous interpellent beaucoup. Après tout, bon nombre des changements souhaités qui émergent des ateliers de Calgary sont, pour la plupart, déjà connus. En fait, ils sont nombreux à faire écho à l’histoire des mouvements de réforme en éducation dans notre pays et ailleurs. 

Cela dit, les éléments qui ont fait de l’atelier de Calgary un événement unique sont les choses qui permettent à l’ACE de nourrir énormément d’espoirs. Le nombre important de participants qui se sont sentis interpellés par la question lui donne raison d’être optimiste. La passion et l’enthousiasme qui ont énergisé chacune des conversations des groupes assis aux tables étaient revigorants. L’ACE a mis sur pied un procédé pour encourager les différents intervenants à travailler ensemble sur ces questions, à partager leur point de vue et leur contexte unique afin de favoriser la compréhension et la confiance. L’ACE était heureuse de constater que les différents intervenants voulaient accueillir un dialogue empreint d’honnêteté et de respect, et ce, malgré la grande diversité de perspectives. Nous croyons que c’est de très bon augure pour l’avenir de l’éducation au Canada.

L’événement de Calgary a donné à l’ACE une grande quantité de données à recueillir, à analyser et à présenter au public canadien. L’ACE a amassé près de 225 énoncés de vision personnelle et les Post-It® et grandes feuilles de 40 groupes de discussions. Tous ces renseignements, chacun des mots, ont été enregistrés, organisés et codés afin de représenter précisément et fidèlement les voix de tous les participants. 

Le présent rapport a été conçu pour suivre deux grands fils conducteurs tirés des énoncés de vision rassemblés à Calgary, refléter certaines des discussions sur les obstacles aux changements et enfin faire des liens entre les obstacles et certaines des grandes idées issues des échanges des participants sur les idées préconçues et les nouvelles possibilités.

Les rapports de conférence sont nombreux à être rédigés comme une fin en soi et à se retrouver rapidement sur les tablettes dans des bureaux. L’ACE espère que tout le travail accompli lors de l’événement de Calgary servira de point de départ pour engager les lecteurs; une façon d’animer un dialogue sensé et vivifiant dans les salons du personnel, les salles des conseils scolaires, les bureaux, les bibliothèques et dans les maisons partout au Canada. En effet, certains éducateurs ont déjà utilisé leur expérience à Calgary pour lancer des discussions semblables dans leur communauté scolaire. Au cours des mois à venir, l’ACE raffinera le procédé de l’atelier et elle lancera toute une série d’ateliers régionaux qui seront conçus pour interpeller encore plus de Canadiens sur les importantes difficultés liées au changement en éducation. Avec ce travail, nous voulons en apprendre davantage sur les obstacles et les idées préconçues qui bloquent la route au changement dans le domaine de l’éducation, afin que nous puissions mieux comprendre le rôle que nous pouvons jouer pour favoriser le déploiement à grande échelle des milieux efficaces d’apprentissage partout dans les systèmes d’éducation publics au Canada.

Passer de la vision à l'action

Il y a quelque chose d’inspirant et d’énergisant à coucher sur papier ses rêves pour l’avenir. Qu’il s’agisse d’une vision sur la santé et le bien-être personnel ou d’un rêve à grande échelle qui insuffle un nouvel avenir à un organisme, le fait de commencer par les aspirations les plus ambitieuses que nous avons pour le travail que nous faisons nous rappelle nos valeurs, nos engagements et ce qu’il est possible de faire. Dans le cas des 325 participants qui se sont rassemblés à Calgary pour se pencher sur la question, Qu’est-ce qui fait obstacle au changement en éducation?, l’invitation à réfléchir sur leur vision pour les écoles canadiennes était une façon d’établir un contexte riche d’échanges en ouvrant la voie aux discussions à venir.

« La personne qui ne sait pas où elle veut aller ne trouve jamais de vents favorables. »

—Chef Seneca

Les énoncés de vision que les participants ont écrits étaient aussi énergiques et remplis d’espoir qu’audacieux et intransigeants. Ils exprimaient un engagement ferme sur les questions d’équité et de soutien; ils ont imaginé des systèmes flexibles et adaptés, stimulants et intentionnellement collaboratifs. Les écoles de leurs rêves sont des milieux accueillants et collaboratifs et elles respectent les nombreuses couches de la diversité qui définit désormais le tissu social canadien. Ce sont des endroits où un fort sentiment de participation et d’apport communautaire ajoute au riche ensemble de ressources capables d’animer les apprentissages. 

Deux grands fils conducteurs, soit des expériences d’apprentissage plus authentiques et significatives et la capacité de créer des milieux d’apprentissage plus adaptés, ressortaient d’un grand nombre de visions exprimées à Calgary et ils semblaient donner une bonne partie du contexte pour les deux jours de discussions. Le reste du présent rapport suit ces deux fils conducteurs des visions, aux obstacles identifiés, et finalement aux actions qui nous permettraient de surmonter ces obstacles.

La vision : créer des expériences d'apprentissage authentiques et significatives

Un grand nombre de participants ont exprimé haut et fort le désir d’offrir des expériences d’apprentissage bien plus imprégnées du monde à l’extérieur des murs de l’école. Non seulement cette vision penche-t-elle plus vers une approche issue des enquêtes et des projets pour la conception pédagogique, mais elle invite aussi à percevoir le monde au-delà des murs de l’école comme une riche source à la fois de contextes et de contenus.

On a senti le désir clair de mieux reconnaître le vaste ensemble de ressources qui existe au sein de la collectivité locale, sous forme d’expertise, de connaissances et d’occasions pour la mise en application authentique des apprentissages. Les participants ont perçu une excellente occasion d’améliorer l’expérience d’apprentissage à la fois pour les élèves et les éducateurs, d’une part en utilisant ces ressources dans le travail de l’école et d’autre part en repoussant les limites de ce travail pour qu’il saisisse davantage d’occasions d’œuvrer dans la collectivité, à la fois physiquement et au moyen des technologies de l’information et de communications.

Des écoles qui reflètent davantage la vraie vie étaient, dans l’esprit de bien des participants, une voie évidente pour renouveler l’engagement à plusieurs niveaux. En plus du profond engagement intellectuel qui découlerait du fait que les élèves percevraient clairement la valeur et le but dans les occasions d’apprentissage offertes, un lien plus fort entre les mondes à l’intérieur et à l’extérieur des écoles pourrait éveiller un meilleur sens d’efficacité relativement à la citoyenneté et à la participation active au sein de la collectivité et d’autres milieux. Finalement, le fait de créer des occasions pour avoir de nouvelles sources de connaissance, d’expertise et de sagesse pour qu’elles fassent partie intégrante de l’expérience d’apprentissage permet de nourrir une nouvelle dimension de l’engagement communautaire.

Les obstacles : créer des expériences d'apprentissage authentiques et significatives

Certes, la vision des expériences d’apprentissage inscrites dans un contexte et un contenu plus pertinents et significatifs est très forte, mais les participants reconnaissent qu’il existe certains obstacles évidents qui offrent une résistance tout aussi forte. Certains de ces obstacles sont propres aux écoles, parce que ce sont des institutions complexes, tandis que d’autres font partie du contexte social élargi dans lequel sont enracinés nos systèmes d’éducation. Malgré tout, d’autres obstacles sont vus comme des mentalités soutenues par des années de tradition, voire des générations. 

L’un des obstacles les plus proéminents qui bloquent la route au changement vers des expériences d’apprentissage authentiques touche en réalité à ces trois dimensions.

Un nombre important de participants ont montré du doigt la façon dont le programme est pensé, conçu et géré à l’heure actuelle et croient qu’il s’agit d’un obstacle majeur au changement. Fondées en grande partie sur les disciplines, définies par les résultats scolaires, compartimentées et assorties d'échéanciers, les approches traditionnelles pour déployer le programme qui constitue l’âme de la plupart des écoles canadiennes font obstacle aux types de changements que les participants à l’événement de Calgary ont proposés. Il a été reconnu que ces observations sur le programme ont aussi une grande incidence sur bien d’autres aspects de l’expérience scolaire, y compris sur la conception physique des écoles, les horaires et les priorités d’évaluation.

Les participants reconnaissent fortement que les expériences riches issues des enquêtes dont ils rêvent exigent de concevoir le programme en fonction d’une approche interdisciplinaire et intégrée. Avant de repousser les murs de l’école pour offrir un meilleur accès aux contextes externes, les murs de bien des salles de classe devront être rénovés afin de démanteler certaines des divisions qui font partie de la façon dont les écoles sont conçues. Les lignes arbitraires qui séparent les élèves et les sujets et découpent le temps en petites plages horaires sont ce qui empêche bon nombre de ces expériences de prendre racine de façon durable.

De nombreux participants ont montré du doigt les mentalités traditionnelles qui sous-tendent la conception et l’organisation du programme et continuent de couler dans les veines des écoles canadiennes. Les mesures de reddition hautement attendues et soumises à l’examen du public favorisent l’ossification des structures mêmes qui auraient vraiment besoin de changer.

À l’échelle sociétale, les visions étroites de la réussite sont perçues comme un réel obstacle pour le type de changement que les participants imaginaient. L’accent sur les notes, les évaluations et les titres de compétences qui ont tendance à résister à l’exploration d’une conception bien plus large de ce que signifie être un élève qui réussit, un membre de la communauté et un citoyen du monde, a une grande incidence sur le type de travail qui fait partie de l’expérience scolaire.

La vision : un système plus adapté et personnalisé

« La réussite pour tous » est devenu un type de mantra dans la plupart des régions au Canada. Cet idéal, inscrit dans les documents de politique, dans les énoncés de mission publics de nombreux districts scolaires et comme étant l’un des importants piliers de pratiquement tous les plans d’amélioration des écoles, veut que de puissantes occasions d’apprentissage soient un droit pour tous les élèves, peu importe leur origine culturelle, les dynamiques familiales, le rang socioéconomique ou la capacité d’apprendre.

C’était aussi un fil conducteur qui se trouvait dans un important nombre d’énoncés de vision recueillis à Calgary. Implicite dans la plupart de ces visions, toutefois, on se rend compte que, pendant qu’on s’engage publiquement à respecter l’équité complète, les écoles devront faire beaucoup de chemin pour que cet idéal devienne une réalité.

L’une des idées les plus dominantes exprimées dans les visions des participants était le rêve d’un système scolaire qui permet aux éducateurs de s’adapter aux besoins personnels des élèves sous leur responsabilité. Ils ont rêvé d’une approche personnalisée d’enseignement et d’apprentissage, une approche qui permettrait aux éducateurs de travailler avec les élèves à partir d’où ils sont et de les faire progresser sur le continuum d'apprentissage.

Il s’agirait d’un système qui trouverait des façons de déterminer les forces des élèves et d’en tirer profit pour corriger les faiblesses. Il s’agirait d’un système qui traiterait les éducateurs comme des professionnels, qui leur donnerait la latitude d’agir d’une manière qui s’appuierait sur leurs propres forces, expertises et connaissances de leurs élèves. En même temps, de forts soutiens et de fortes ressources pour aider les éducateurs à tenir compte des différents degrés de diversité feraient partie du professionnalisme dans les écoles. 

Les participants ont imaginé des écoles qui donneraient aux éducateurs et aux élèves la chance de s’engager les uns auprès des autres de manière créative et novatrice, dans le programme et dans le monde qui les entoure. La latitude relativement au contenu, au contexte, à la conception pédagogique et à l’évaluation était un élément important de leurs visions. Le fait d’offrir aux élèves différentes façons de vivre des expériences d’apprentissage, ainsi que diverses manières d’exprimer leur compréhension de ce qu’ils ont appris feraient partie d’un système scolaire plus personnalisé.

La voix des élèves et la reconnaissance des goûts des élèves sont des éléments essentiels de ces visions. Il ne s’agit pas seulement d’une façon d’approfondir l’engagement, mais d’une manière de créer un système où l’apprenant est vraiment et authentiquement au centre du travail des écoles.

La voix des élèves à Calgary (en anglais)

Les obstacles : un système plus adapté et personnalisé

Bon nombre des mêmes obstacles qui barraient la route à la création de contextes riches et plus significatifs pour l’apprentissage ont également été nommés comme des obstacles aux vrais progrès vers des occasions et des expériences d’apprentissage plus axées sur les élèves.

Une fois de plus, les programmes extrêmement normatifs de nombreuses régions canadiennes empêchent les éducateurs de répondre adéquatement aux goûts, aux passions et aux forces des apprenants. Les progrès définis d’après des résultats d’étapes dans des disciplines enseignées en fonction d’un procédé géré bien au-delà des salles de classe ont été reconnus comme une réalité qui, de bien des façons, décourage la créativité, entrave l’autonomie professionnelle et étouffe, sinon réduit au silence, la voix des élèves, tandis que bien d’autres personnes tentent de la développer.

Si tous les élèves sont différents, alors comment pouvons tenir à une structure qui ne leur permet pas d’apprendre librement et en toute autonomie?

—participant de Calgary

Ce sentiment de contrainte a aussi été exprimé dans les discussions sur d’autres structures scolaires connues. Encore une fois, l’organisation du temps et de l’espace physique, les cohortes fondées sur le niveau scolaire ou l’âge et les évaluations provinciales par classe trahissent le désir d’accepter les élèves où ils sont et de leur faire suivre un cheminement d’apprentissage qui tient compte de leurs besoins, de leurs compétences, de leurs goûts et de leur rythme personnel d’apprentissage. Ils étaient nombreux cependant à sentir que le système minait sérieusement la capacité d’accomplir réellement cette tâche, parce qu’il est devenu trop lourd de contenu, trop embourbé de longs protocoles d’évaluation et qu’il croulait sous le poids des attentes contradictoires en lien avec ce que les écoles devraient être en mesure d’accomplir. 

Bon nombre de ces traditions qui maintiennent en place à la fois la pratique des enseignants et les attentes du public envers les écoles remontent à une époque où les mêmes engagements envers l’équité n’étaient pas aussi fermement exposés dans les politiques qu'à l'heure actuelle. Les participants de Calgary ont exprimé énormément de frustrations au sujet de leurs tentatives à transformer un système, conçu pour une «  instruction de masse » qui ne tient pas compte de l’engagement actuel envers l’équité, pour qu’il puisse répondre pas adéquatement aux besoins diversifiés de tous les élèves.

Voir sous les obstacles – adopter de nouvelles mentalités

Il ne fait aucun doute qu’il est important de cerner les obstacles qui barrent la route aux types d’écoles que nous voulons. Les participants aux ateliers de Calgary ont été en mesure de dresser une liste de plus de 1000 choses qui empêchent leur vision de l’éducation de prendre forme. Toutefois, la tendance était de se concentrer sur ces obstacles, de les voir comme des problèmes à résoudre, non pas comme des systèmes et des pratiques enracinés dans de très profondes idées préconçues sur l’enseignement et l’apprentissage, sur l’organisation scolaire, sur la signification du succès, sur l’endroit où les vrais apprentissages pourraient et devraient se faire et sur la place de l’école au sein de la grande communauté.

L’ACE croit que le changement profond et significatif exprimé par plusieurs dans leurs énoncés de vision se concrétisera en passant davantage de temps et d’énergie à explorer honnêtement ces idées préconçues et à remettre courageusement en question celles qui ne sont plus valides, celles qui en réalité maintiennent nos systèmes en place. Nous comprenons que, à l’avenir, il faudra intégrer plus de soutien et de direction dans notre processus d’animation pour que les participants disposent de tous les outils pour creuser en profondeur et trouver les idées préconçues qui soutiennent les obstacles qu’ils ont nommés et déterminer si ces idées préconçues reflètent une ancienne conception de l’apprentissage, de l’enseignement et de l’instruction.

Cela dit, si on suit les deux principaux fils conducteurs sur les occasions d’apprentissage significatives et les milieux d’apprentissage plus adaptés, les participants ont été en mesure de mettre au jour certaines idées préconçues importantes et d’établir des liens entre elles et plusieurs actions pratiques.

L'histoire de notre système d'éducation (en anglais)

La mentalité traditionnelle sur l’apparence de l’école a été reconnue par plusieurs participants comme un obstacle qui avait une profonde incidence sur de nombreuses dimensions de l’éducation au Canada. L’idée préconçue voulant que notre modèle actuel de l’éducation ait bien fonctionné par le passé et qu’il doive, alors, continuer de nous permettre de répondre à nos besoins a été signalée par beaucoup de participants comme un ancrage puissant. Un sentiment de frustration a aussi été exprimé par rapport à la réticence apparente au changement. D’autres participants ont mis en évidence le manque de compréhension sur le besoin de changement, tandis que d’autres ont suggéré qu’il y avait une attitude de peur vis-à-vis du changement à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté scolaire.

On a plaidé en faveur d’une communication plus ferme comme une façon de remettre en question l’idée « qu’on a toujours fait les choses comme ça ». On a recommandé de lancer une série de campagnes publiques de sensibilisation conçues pour éveiller un sentiment d’urgence en faveur du changement, étayées d’une série de structures robustes de communication conçues pour inciter les membres du grand public à prendre part à une discussion authentique avec les responsables des politiques, les éducateurs, les élèves et les parents. Le sentiment que le manque de compréhension et la résistance au changement pourraient être atténués si on trouvait des façons d’établir une communication continue et authentique entre tous les intervenants a été exprimé par plusieurs groupes de participants.

Un appel pour établir de nouveaux niveaux de confiance entre les membres de la profession, les administrateurs, le gouvernement et la communauté a aussi été entendu assez clairement. Ils étaient nombreux à dire que cet appel pourrait être étayé de solides moyens de collaboration intentionnelle en lien avec les changements souhaités. Les discussions sur l’apprentissage authentique, les formes actuelles d’évaluation et les grandes questions sur la façon dont nous souhaitons définir la réussite pourraient être poursuivies dans le cadre de ces relations de collaboration.

La tension entre la normalisation et la personnalisation a aussi permis aux participants de sonder en profondeur les idées préconçues sous-jacentes. Le besoin de normaliser le programme, l’évaluation et les modèles de conception des dimensions structurelles de l’école a été remis en question à la lumière de l’ardent désir de créer des systèmes qui répondent aux besoins des apprenants. Cela ne signifie pas pour autant qu’on doive apporter moins de soins à la conception pédagogique, aux méthodes de contrôle des progrès des élèves et à la création de milieux efficaces d’apprentissage. Toutefois, il a été reconnu que les approches actuelles ont besoin de refléter les valeurs et les visions que nous avons pour un système qui est à la fois adapté et responsable.

Finalement, un autre sujet majeur qui émergea pendant que les participants regardaient au-delà des obstacles identifiés est celui de remettre en question l’idée préconçue selon laquelle l’école constituait uniquement un lieu de développement scolaire pour chaque élève et que le principal indicateur de réussite était le diplôme obtenu. Cependant, le fait de percevoir l’école comme un ensemble de communautés complexes où est considérée l’importance des relations interpersonnelles, de la santé, du bien-être et de l’attention portée à la personne exige une autre façon de penser. De nombreux participants ont vu la possibilité d’ajouter une panoplie de services sociaux dans les écoles dans le but d’aborder de façon efficace et proactive les besoins des apprenants d’une manière intégrée et holistique. D’autres ont vu une occasion d’utiliser ce fil de conversation comme une occasion de réévaluer nos valeurs collectives autour de la définition de la réussite, de l’échec et de l’importance des relations de collaboration.

Le chemin à parcourir – le voyage devant nous

Tout comme il ne serait pas utile de rêver à un projet de changement, il serait tout aussi contraignant de passer notre temps à n’identifier que des obstacles. Il serait préférable d’avoir un cycle où notre imagination rentre en conflit avec la réalité nous permettant de mieux définir des concepts, de les raffiner, en devenant les principaux acteurs du changement auquel nous aspirons.

Certains d’entre nous ont entamé la journée en étant un peu intimidés, car les opinions autour de la table étaient si variées. Par contre, à la fin, nous sentions que notre voix était toute aussi importante que celle des autres.

—Un participant de Calgary

Le rassemblement à Calgary était une façon de modéliser le cycle. Grâce à un processus de dialogues animés entre de nombreux intervenants de tous les milieux, les participants ont eu l’occasion de verbaliser leurs visions et leurs idées, ainsi que de réfléchir à ce qui pourrait barrer la route à la réalisation de leurs visions. De précieuses solutions et des actions proposées ont émergé en réponse à la question « Qu’est-ce qui fait obstacle au changement en éducation? ». Cependant, l’ACE reconnaît que nos systèmes d’éducation demeurent profondément enracinés dans de fortes idées préconçues qui maintiennent les systèmes fermement en place. À l’avenir, les processus qui guideront nos échanges devront nous permettre de mieux tenir compte des idées préconçues, dont plusieurs se cachent derrière des années de tradition et de croissance.

Le résumé de la conférence de Ron Canuel (en anglais)

Cela dit, de nombreux éléments ayant émergé des échanges tenus à Calgary confirment ce que savent les personnes déjà interpellées par les discussions sur le changement et la transformation de l’apprentissage. Ce type de résonance est une importante étape pour créer une énergie et un mouvement à l’échelle nationale au sujet des choses qui doivent être changées.

L’ACE croit toutefois que cette énergie sera bien mobilisée si elle continue de créer des occasions pour que ce genre de discussions et de planification d’actions aient lieu à l’échelle locale. Il est vraiment important de comprendre le contexte pour créer des stratégies de changement. En fait, ils étaient plusieurs, pas seulement à Calgary, mais dans le contexte d’autres travaux auxquels participe l’ACE, à exprimer qu’il fallait avoir l’occasion de développer des concepts locaux.

Une série d’événements, fondés sur le modèle de Calgary, qui se tiendront dans les régions partout au Canada est en cours de planification. En plus d’inviter davantage de personnes à s’exprimer sur cet important travail, ces rassemblements régionaux aideront l’ACE à développer un fort sentiment à l’égard d’une vision et d’un objectif pancanadiens au sujet du changement en éducation.

Tous les Canadiens ont des intérêts dans le succès de nos systèmes publics d’éducation, et, au fil de notre travail à Calgary, l’ACE a appris qu’il y a une énorme valeur à regrouper des intervenants sous un même toit pour qu’ils discutent entre eux. Si nous soutenons activement cette vision de changement et établissons formellement des liens de collaboration et d’échanges entre les différents intervenants du Canada, nous pourrons véritablement aspirer à un changement en profondeur.

À propos de Stephen Hurley

Après avoir œuvré dans le système scolaire public ontarien pendant plus de 30 ans, Stephen Hurley se consacre toujours à ouvrir des espaces propices à de vibrantes conversations sur le changement en éducation au Canada. Auteur, baladodiffuseur et père de deux enfants, il croit que notre façon actuelle de « faire l’école » a besoin d’audacieuses nouvelles idées pour insuffler plus de dynamisme dans la vie d’apprentissage des jeunes, des éducateurs et des collectivités où ils travaillent.